PROLOGUES

  

Prologue - Attends l'hiver 

Le vestibule est plongé dans l’obscurité.

Elle vient à peine de sortir du bureau.

Il l’attrape violemment par les bras, la secoue plusieurs fois puis empoigne sa gorge, qu’il serre avec force entre ses mains. Ces mêmes mains qui ont caressé sa poitrine, il n’y a pas si longtemps.

Elle n’en revient pas. Non qu’elle le crût incapable d’une telle violence gratuite à deux semaines de Noël, mais parce que c’est elle qu’il agresse sauvagement, elle, cette jeune fille douce, posée et affectueuse qui l’aime de tout son cœur, qui lui veut tant de bien, qui n’aspire qu’à une seule chose : le rendre heureux.

Le pire, c’est qu’il le sait. Elle sait qu’il sait. D’ailleurs, elle le lui a dit peu avant en fixant son regard, franche et directe comme elle sait l’être : « Vous voulez me faire du mal, alors que je vous aime ! »

    Il lui semble incroyable que ce soit le même homme qui, au même endroit, huit mois plus tôt jour pour jour, l’a embrassée sur le front avec une infinie délicatesse avant de lui dire : « Je vous souhaite tout le bonheur du monde. Vous le méritez vraiment. »

Ils venaient de se rencontrer. C’était avant qu’il ne tombe amoureux d’elle.

Entre ces deux tête-à-tête, en l’espace de ces huit mois, ils ne se sont vus qu’une seule fois, rien qu’une petite demi-heure. Trente minutes qui ont suffi à transformer une tendresse for-melle en un complexe explosif d’amour et de haine.

Pour quelle raison ?

   

  

Prologue - Vita Nuova

 

Il rêve qu’il fuit, à travers une enfilade de couloirs obscurs, des poursuivants sans visage. Pour brouiller les pistes, il laisse entrebâillées les portes par lesquelles il n’est pas passé.

 

Au bout de sa course effrénée, il arrive dans une salle de bains vétuste à la fenêtre grande ouverte, surplombant un jardin de roses. Une fois dehors, il veille à bien la refermer.

Puis, il traverse le jardin en piétinant les roses, et le voilà à l’orée d’une ville inconnue dont il aperçoit au loin le vaste dédale des ruelles marchandes.

Partagé entre la peur de s’y perdre et le désir de semer ses geôliers, il hésite sur la direction à prendre.

Il est libre, mais en même temps fugitif, seul en des lieux qui ne lui sont guère familiers, dont il ignore tout. Quel chemin élire, où trouver refuge ? Et s’il faisait fausse route...

Chaque fois, à la croisée des chemins, il se réveille en sursaut.

 

Pourquoi ce rêve ? Il lui semble si réel. Comme une aventure qu’il aurait vécue il y a longtemps... ou une aventure qu’il vivra : il croit aux songes qui ouvrent sur l’espoir d’un nouveau départ.